Campesino, entre samples, nature et introspection
Chez Campesino, la musique prend racine dans un décor bien précis : celui de la campagne du sud de la France. Pas comme un simple arrière-plan esthétique, mais comme une matière à part entière, capable d’influencer les images, les textes et la manière même de construire un morceau. Là où il vit et où il a grandi, l’artiste a progressivement développé une musique intime, centrée sur l’observation, le souvenir et ce qui l’entoure.
"Moi c’est Campesino, j’fais de la musique assez intimiste avec pour toile de fond la campagne du sud de la France, là où je vis et où j’ai grandi."
Cette proximité avec son environnement donne une couleur particulière à son univers. Campesino ne semble pas chercher à détacher sa musique de son quotidien. Au contraire, il transforme ce territoire en point de départ pour raconter ce qu’il voit, les personnes qu’il croise et les sujets qui le touchent.
Huit années de rap, six années derrière les prods
Le parcours de Campesino s’est construit progressivement. Cela fait aujourd’hui huit ans qu’il rappe, tandis que la production est arrivée quelques années plus tard. Depuis environ six ans, il compose lui-même ses instrumentales, une étape qui lui permet de maîtriser davantage l’identité globale de sa musique.
Cette double casquette donne surtout du sens à l’importance qu’il accorde aux textures sonores. Chez lui, la production n’est pas uniquement un support au texte. Elle participe directement au récit.
"J’essaie de faire tout ce qui me parle musicalement sans barrières, mais on dit de moi que ma musique est minimaliste et introspective. Je mets beaucoup d’attention sur le sample et mes lyrics."
Plutôt que de s’imposer une direction trop rigide, Campesino préfère donc avancer selon ses envies. Une liberté qui laisse de la place à différentes influences, tout en conservant des éléments récurrents : une forme de minimalisme, l’introspection, le travail du sample et une attention importante portée à l’écriture.
La simplicité apparente devient alors une manière de mettre certains éléments au premier plan. Un sample, quelques mots, une image ou une idée peuvent suffire à construire l’atmosphère d’un morceau.
Des références qui relient production et écriture
Ses influences permettent aussi de mieux comprendre cette approche. Campesino cite Akhenaton et Kanye West, particulièrement pour leur travail de production. À leurs côtés apparaissent Youssoupha, Oxmo et Orelsan, des références qui ramènent davantage à l’écriture et au rapport au récit.
"J’ai été influencé par des gars comme Akhenaton et Kanye West surtout sur la production, mais aussi par des artistes comme Youssoupha, Oxmo, et évidemment Orelsan de par l’endroit où j’ai grandi."
Des références assez différentes, mais qui rejoignent finalement les deux dimensions principales de son projet : produire une musique avec une identité sonore marquée, tout en utilisant les textes pour développer une vision plus personnelle.
Cette construction ne s’arrête d’ailleurs pas au rap. Visuellement, Campesino regarde aussi du côté de figures dont le travail est profondément attaché à un territoire et à une certaine représentation du sud.
Marcel Pagnol et Georges Brassens apparaissent ainsi dans ses références. Deux noms associés à des univers différents, mais chez lesquels Campesino retrouve cette capacité à faire exister un décor, une région et une manière de vivre sans les dissocier du message porté par l’œuvre.
"J’aime beaucoup visuellement les gens qui mettent la nature et le sud sur le devant de la scène, comme Marcel Pagnol ou Georges Brassens, tout en apportant un message derrière."
C’est peut-être ici que se dessine le plus clairement la singularité de Campesino. La campagne et la nature ne servent pas uniquement à donner une esthétique reconnaissable à son projet. Elles peuvent également devenir des moyens de parler de sujets plus larges.
« Félix », un morceau au centre de son univers
S’il devait ne garder qu’un titre pour présenter sa discographie, Campesino choisirait « Félix ». Un morceau qui rassemble plusieurs éléments essentiels de son approche : le sample, l’écriture et la volonté de transmettre quelque chose.
"Si je devais choisir un son pour représenter ma discographie je mettrais Félix parce qu’il combine un peu tout ce que j’aime, du sample et un message important à mes yeux sur l’environnement et les personnes que j’ai côtoyé."
À travers ce morceau, son environnement cesse ainsi d’être simplement contemplatif. Il devient aussi humain. La nature se mélange aux rencontres et aux personnes qui ont traversé son parcours.
Cette attention aux gens qu’il a côtoyés rejoint directement le caractère intimiste de sa musique. Campesino part de choses proches de lui pour les transformer en chansons, sans nécessairement chercher à amplifier ou dramatiser ce qu’il raconte.
« Le Grand Jardin », prolonger le paysage
Cette année, cette direction a notamment pris la forme d’un EP : « Le Grand Jardin », sorti en juin. Rien que dans son titre, le projet reste cohérent avec le vocabulaire visuel et naturel qui traverse l’univers de Campesino.
L’artiste ne donne pas ici davantage de détails sur le projet, mais son existence marque une nouvelle étape dans un parcours commencé huit ans auparavant. Après plusieurs années à rapper et à développer ses propres productions, « Le Grand Jardin » s’inscrit dans cette volonté de construire un univers qui lui ressemble jusque dans les instrumentales.
La suite se jouera aussi sur scène. Campesino annonce une Boule Noire prévue le 11 octobre, tandis qu’il travaille déjà sur ce qui arrivera après.
"Niveau actu j’ai sorti un EP « Le Grand Jardin » en juin, j’ai une Boule Noire qui arrive le 11 octobre et je suis en train de taffer la suite mais rien de concret pour l’instant."
Pas encore d’annonce précise concernant un prochain projet, donc. Une absence de précipitation qui correspond finalement assez bien à la manière dont Campesino décrit sa musique : sans barrières prédéfinies, guidée avant tout par ce qui lui parle.
Entre rap, production, samples, nature et écriture introspective, Campesino construit ainsi un projet profondément attaché à son environnement. Le sud de la France n’y apparaît pas comme un simple décor que l’on pourrait remplacer par un autre. Il devient le fil conducteur d’une musique qui cherche à raconter un territoire autant que ceux qui y vivent.
À travers « Le Grand Jardin », « Félix » et les projets encore en préparation, Campesino continue désormais d’élargir ce paysage à son rythme.
