Dalynn, accélérer sans suivre de trajectoire imposée
« BouhBouhBouh, c’est Dalynn. » Quelques mots suffisent pour comprendre qu’ici, la présentation ne cherchera pas à entrer dans un cadre trop propre. Chez Dalynn, la musique semble justement fonctionner comme ça : sans mode d’emploi figé, sans direction imposée avant même de commencer à créer. L’artiste avance au gré de ses envies, de ses journées et surtout des différentes périodes qu’il traverse.
Là où certains construisent leur univers autour d’une esthétique définie à l’avance, Dalynn préfère laisser la création suivre son propre mouvement. Une liberté qui donne naissance à une musique capable de changer de forme, tout en conservant une logique profondément personnelle.
Son parcours musical, lui aussi, commence loin de toute stratégie artistique. Il faut revenir à l’enfance, à une époque où faire de la musique était avant tout un jeu partagé en famille.
"En vrai, mon premier souvenir, ça remonte à mes 8-9 ans avec ma petite sœur, juste pour le délire. Bien plus tard, j’ai recommencé à en faire avec un groupe de gars, et depuis j’ai jamais arrêté."
De cette première expérience presque anodine naîtra, des années plus tard, une pratique qui ne le quittera plus.
Un univers qui change avec les journées
Demander à Dalynn de définir précisément sa direction artistique mène presque naturellement à une réponse difficile à enfermer dans quelques mots. Lui préfère parler d’un univers « Dalynnesque », comme si son identité suffisait finalement à faire le lien entre toutes ses créations.
Son processus repose davantage sur l’instant que sur une ligne directrice permanente. Les morceaux prennent la couleur de ses journées, de ses inspirations et des moods dans lesquels il se trouve lorsqu’il crée.
"En vrai, je sais même pas… J’suppose que c’est un univers Dalynnesque ?? Je fais seulement ce qui m’inspire dans ma journée. Y’a pas vraiment de direction précise à part les moods dans lesquels je suis au moment où je crée."
Cette manière de fonctionner n’empêche pourtant pas Dalynn de penser ses projets comme de véritables ensembles. Au contraire : si chaque morceau peut naître spontanément, la cohérence arrive ensuite, lorsqu’il faut construire un projet et créer une identité capable de réunir les différentes pièces.
C’est précisément ce qu’il a cherché à faire avec JOIN THE CASHKLUB.
À cette période, Dalynn raconte être dans une dynamique particulièrement intense, faite d’enchaînements et de « tryhard ». Une énergie qu’il décide de traduire directement dans l’univers du projet en faisant de la voiture, de la vitesse et du mouvement des éléments centraux.
L’objectif n’est alors pas seulement esthétique. Il imagine aussi la façon dont le projet sera vécu par ceux qui l’écoutent : en voiture, lancé sur la route, avec une musique capable de transmettre une envie d’accélérer symboliquement dans ses propres objectifs.
"Sur JOIN THE CASHKLUB, j’étais dans une période où je faisais qu’enchaîner et tryhard, donc j’ai tout adapté autour des voitures pour que les gens qui l’écoutent dans leur caisse se la butent et s’inspirent pour avancer encore plus viiiiite."
Faire ressentir la vitesse jusque dans la construction des morceaux
Cette idée ne reste pas uniquement présente dans les visuels ou dans l’imaginaire entourant JOIN THE CASHKLUB. Dalynn cherche également à la faire passer directement dans la musique.
L’introduction du projet, BEN TN, en est probablement l’exemple le plus évident. Le morceau repose sur une idée simple mais directement liée au concept général : faire augmenter progressivement le BPM tout au long du titre afin de créer une sensation grandissante de vitesse.
"TN l’intro du projet répond super bien à cette chose, tout le long du morceau le BPM ne fait qu’augmenter pour avoir cette impression de vitesse et de motivation."
Une construction qui résume assez bien la manière dont Dalynn semble envisager ses projets. Il ne s’agit pas nécessairement de définir un univers immuable qui devra être reproduit sortie après sortie, mais plutôt de trouver les outils capables de retranscrire précisément un état d’esprit donné.
Une période devient alors une esthétique. Une sensation peut devenir un choix de production. Une envie de mouvement peut finir par influencer jusqu’au tempo d’un morceau.
Pink Floyd, Pokémon et le décalage des influences
La singularité de Dalynn apparaît aussi lorsqu’il évoque ce qu’il écoute en dehors de sa propre musique. Il ne revendique pas réellement d’influences musicales directes, et les artistes ou univers qui accompagnent son quotidien sont parfois très éloignés de ce qu’il propose lui-même.
Quand il veut se poser, il écoute notamment de la Lo-fi Pokémon. Il cite également Pink Floyd parmi les groupes qu’il apprécie.
"J’ai pas vraiment d’influences musicales. J’écoute généralement du Lo-fi Pokémon quand je me pose, et j’aime bien Pink Floyd, ce qui n’est absolument pas l’univers que je propose."
Un contraste suffisamment marqué pour amuser son entourage, qui lui fait régulièrement remarquer l’écart entre sa musique et celle qu’il choisit d’écouter personnellement.
Ce décalage raconte aussi quelque chose de sa démarche. Dalynn ne semble pas chercher à reproduire directement ce qu’il consomme. Ses références personnelles existent, mais elles n’ont pas besoin de se retrouver de façon évidente dans ses morceaux.
Cela laisse finalement davantage de place à ce qui constitue le moteur principal de sa création : son humeur du moment.
CashKlub, le morceau du déclic
Lorsqu’il doit choisir un morceau dans sa propre discographie, Dalynn se tourne vers CashKlub. Un choix motivé autant par la musique elle-même que par ce que le titre représente dans son évolution personnelle.
Le morceau correspond à une période où quelque chose change dans sa manière d’aborder la création. Il parle d’un déclic psychologique et personnel, mais surtout d’un moment où il commence davantage à s’accepter.
"Je dirais CashKlub. C’est récent, mais c’est un peu à ce moment-là que j’ai eu un petit déclic psychologique et personnel sur la création. J’ai commencé à m’accepter à ce moment-là, en vrai."
Une évolution intime qui donne au titre une place particulière dans son parcours. Dalynn souligne également le rôle de la production de Ser4ph1m, qu’il décrit simplement comme « quelque chose ».
À travers ce choix, CashKlub apparaît donc moins comme un morceau préféré au sens classique que comme un point de repère. Celui d’un moment où la création commence aussi à devenir un espace d’acceptation personnelle.
Ne surtout pas rester dans ce qu’il sait déjà faire
Cette logique de mouvement devrait continuer à définir la suite. Dalynn prépare déjà un nouveau projet, avec l’envie annoncée d’explorer plusieurs nouvelles vibes.
Pour lui, la maîtrise d’une formule ne semble jamais constituer une raison suffisante pour continuer à l’utiliser indéfiniment. C’est même plutôt l’inverse : lorsqu’un terrain devient trop familier, l’envie d’aller ailleurs commence à apparaître.
"Je déteste m’enfermer dans ce que je sais déjà faire, donc j’essaie toujours de tenter de nouvelles choses pour sortir un peu de ma zone de confort."
Cette recherche permanente explique probablement pourquoi Dalynn refuse de définir trop précisément son univers. Lui imposer des frontières reviendrait à limiter une création qui repose justement sur sa capacité à changer.
Et la suite ne passera pas uniquement par la musique.
En parallèle de son prochain projet, Dalynn prépare également quelque chose avec La Loge Noire. Il reste volontairement discret sur la nature exacte de cette collaboration, mais précise qu’elle s’éloignera quelque peu de la musique tout en restant dans un domaine très proche.
Une nouvelle extension de son univers, dont il ne peut pour l’instant pas dévoiler davantage.
"Ça devrait parler à tous ceux qui nous suivent, mais je peux pas encore en parler !"
Chez Dalynn, difficile donc de savoir exactement quelle forme prendra la prochaine étape. Et c’est probablement le principe. Depuis ses premiers souvenirs musicaux avec sa petite sœur jusqu’à JOIN THE CASHKLUB, son parcours semble suivre une règle assez simple : créer à partir de ce qui l’anime sur le moment, puis trouver la meilleure manière de transformer cette énergie en projet.
Plutôt que de chercher à reproduire ce qui fonctionne déjà, Dalynn préfère conserver cette possibilité de bifurquer. Un univers « Dalynnesque », finalement, dont la seule véritable constante semble être de ne jamais rester complètement immobile.
