Felo Skurt, faire du chaos une direction artistique
À Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, Felo Skurt construit une musique qui refuse la demi-mesure. Guitares agressives, grosses 808, lucidité froide et énergie physique : son univers se situe au croisement du rap hardcore, du nu metal et d’une culture musicale profondément marquée par les années 2000.
À 26 ans, l’artiste possède déjà plus d’une décennie de pratique derrière lui. Une expérience qui lui permet aujourd’hui de développer une identité reconnaissable, aussi bien en solo qu’avec le SKB, le groupe qui l’accompagne dans une partie de son aventure musicale.
Felo Skurt ne cherche pas nécessairement à enfermer sa musique dans une définition trop précise. Lorsqu’il doit la présenter rapidement, il préfère aller à l’essentiel.
« J’ai tendance à dire que je fais du hardcore pour pas trop m’éparpiller. Mon band se nomme le SKB ! »
Un mot suffisamment large pour réunir les différentes dimensions de sa musique : la puissance, la rage, les guitares, les basses lourdes, mais aussi une manière directe d’observer le monde qui l’entoure.
Plus de dix ans à construire sa musique
Felo Skurt fait de la musique depuis plus de dix ans. Une durée importante, qui raconte forcément une évolution, des recherches et une construction progressive de son identité artistique.
Son univers actuel ne repose pas uniquement sur une esthétique sonore. Il se développe autour d’une atmosphère entière, presque cinématographique, dans laquelle la brutalité des morceaux accompagne une vision lucide de la société.
« La direction artistique est apocalyptique, remplie de lucidité, de tabassage, de riffs de guitare sous grosse 808. »
Cette définition résume une grande partie de sa démarche. Chez Felo Skurt, l’apocalypse n’est pas seulement un décor spectaculaire. Elle devient une manière de traduire une époque, ses tensions et ses contradictions. La violence instrumentale vient soutenir cette sensation d’urgence.
Les riffs de guitare apportent une dimension organique et frontale, tandis que les 808 rattachent pleinement ses morceaux aux codes du rap contemporain. Cette combinaison lui permet de naviguer entre plusieurs influences sans perdre la cohérence de son identité.
Le rap à la rencontre du nu metal
La musique de Felo Skurt se nourrit d’un spectre d’influences particulièrement large. Dans le rap, il cite notamment DMX, Nessbeal, Sefyu et Outkast. Des références différentes, mais réunies par une forte personnalité artistique et une manière singulière d’incarner leurs morceaux.
DMX représente notamment une forme d’intensité brute, presque animale. Nessbeal et Sefyu renvoient à des écritures sombres, lucides et profondément ancrées dans leur environnement. Outkast, de son côté, incarne une liberté créative capable de dépasser les cadres traditionnels du rap.
Mais la culture musicale de Felo Skurt ne s’arrête pas au hip-hop. Elle puise également dans le nu metal, le pop punk et les sonorités du début des années 2000. Limp Bizkit occupe logiquement une place dans ses références, tant le groupe symbolise la rencontre entre les guitares lourdes, l’attitude rock et l’énergie du rap.
Michael Jackson apparaît également parmi ses influences. Une référence qui rappelle que l’identité d’un artiste ne se résume pas uniquement à un genre musical, mais peut aussi se construire à travers la performance, le mouvement et la présence scénique.
« Mes influences principales sont DMX, Limp Bizkit, Michael Jackson, Nessbeal, Sefyu, beaucoup de nu metal et de pop punk des années début 2000. Je suis aussi un gros fan de Outkast. »
Ce mélange permet de mieux comprendre la musique de Felo Skurt. Son hardcore ne correspond pas simplement à une accumulation de sons agressifs. Il repose sur une culture musicale plurielle, dans laquelle le rap, le rock et la performance se répondent.
La danse avant le rap
Avant de faire du rap, Felo Skurt dansait. Il pratiquait notamment le krump, une danse connue pour son intensité, son expressivité et sa dimension physique.
« Je suis un grand danseur. Je dansais avant de faire du rap, notamment le krump. »
Ce passage par la danse occupe une place importante dans la compréhension de son univers. Le krump permet d’exprimer des émotions fortes à travers le corps, avec une énergie souvent explosive. Une logique que l’on retrouve aujourd’hui dans sa musique, pensée autour du mouvement, de l’impact et de la tension.
Cette expérience nourrit également sa relation à la scène. Chez lui, la musique ne semble pas destinée à rester immobile. Elle appelle naturellement les concerts, la confrontation avec le public et l’énergie collective.
Son parcours de danseur apporte ainsi une autre lecture de sa direction artistique. Les riffs, les 808 et les rythmiques agressives ne sont pas seulement des éléments de production : ils deviennent des moteurs physiques, capables de provoquer une réaction immédiate.
« Immersion », un morceau pour raconter sa réalité
S’il devait choisir un titre dans sa discographie, Felo Skurt sélectionnerait « Immersion ». Un morceau qu’il considère comme particulièrement fidèle à son vécu, à ses réflexions et à son regard sur la société.
« Je choisirais “Immersion”, car il représente exactement ma vie jusqu’à aujourd’hui, ce que je peux penser de la société actuelle et comment elle est construite autour du capitalisme et de la peur d’autrui. »
Le choix de ce morceau révèle la dimension personnelle et sociale de sa musique. Derrière l’énergie hardcore se trouve une véritable volonté d’observation. Felo Skurt utilise ses morceaux pour questionner la manière dont la société est organisée, les rapports entre les individus et les mécanismes de peur qui peuvent les éloigner les uns des autres.
« Immersion » apparaît donc comme une porte d’entrée pertinente dans son univers. Le titre relie son expérience personnelle à une réflexion plus large sur son époque. Il représente cette volonté de transformer la lucidité en musique, sans atténuer la dureté de ce qu’il observe.
Cette approche donne du relief à son esthétique apocalyptique. L’univers visuel et sonore ne semble jamais gratuit. Il accompagne une pensée, une inquiétude et un besoin de représenter un monde perçu comme brutal.
Créer seul, avancer en trio
Pour la suite, Felo Skurt prévoit de développer plusieurs facettes de son projet. Il souhaite continuer à sortir des singles ambitieux, aussi bien avec son trio qu’en solo.
Cette double dynamique lui permet de conserver une identité personnelle tout en développant une énergie collective avec le SKB. Les deux formats ne s’opposent pas : ils participent à la construction d’un même univers, avec des manières différentes de l’exprimer.
Felo Skurt a également renforcé son indépendance artistique en apprenant à produire lui-même ses morceaux. Il réalise désormais ses propres instrumentales, ce qui lui donne davantage de contrôle sur la direction sonore de son projet.
« Les futurs projets pour la suite sont évidemment des gros gros singles et des projets avec mon trio, et moi aussi en solo. Je continuerai de sortir des sons car je produis aussi moi-même mes morceaux. Je fais moi-même mes instrus maintenant, donc il y aura un peu des deux, et surtout des concerts. »
Cette autonomie est cohérente avec son identité. En produisant ses propres instrumentales, il peut construire plus précisément les rencontres entre les guitares, les 808 et les différentes influences qui composent sa musique.
La suite devrait donc se partager entre sorties collectives, morceaux en solo, production et concerts. La scène occupe une place centrale dans ses ambitions, presque naturellement. Avec son passé dans le krump, son goût pour les musiques intenses et sa direction artistique frontale, le live apparaît comme le prolongement logique de son projet.
Felo Skurt avance avec une vision claire : développer une musique lourde, lucide et personnelle, sans choisir entre le rap et les guitares. Après plus de dix ans de pratique, il semble désormais disposer de tous les éléments pour approfondir cet univers apocalyptique, entre énergie collective, production indépendante et envie de scène.
