LMSC - 24/06/2026

Harrÿ, construire du beau avec les restes | INTERVIEW LMSC

Harrÿ dévoile un univers entre métaphores, émotions et esthétique de la décharge. Une interview exclusive à découvrir sur LMSC.

Harrÿ, l'art de faire pousser des fleurs dans une décharge


Dans une scène musicale où tout semble parfois calibré, certains artistes choisissent au contraire de cultiver l'imperfection. Harrÿ fait partie de ceux-là. Depuis deux ans, il construit un univers singulier où le beau et le laid cohabitent, où les images prennent le dessus sur les certitudes, et où chaque morceau devient un espace dans lequel chacun est libre de projeter sa propre histoire.

À travers une identité qu'il définit lui-même comme « androgyne, pirate et déchèterie », Harrÿ ne cherche pas à entrer dans une case. Son approche repose avant tout sur le ressenti, sur l'évocation et sur la liberté d'interprétation.

Plus qu'un simple projet musical, c'est une manière de regarder le monde.


Un parcours récent mais déjà affirmé


Harrÿ fait de la musique depuis deux ans. Une période relativement courte, mais suffisante pour poser les bases d'une identité artistique forte.

Son écriture s'éloigne des récits linéaires pour privilégier les images, les métaphores et les sensations. Chaque texte est pensé comme une matière vivante que l'auditeur peut s'approprier.

"Je façonne des textes à la fois imagés et ouverts, dans lesquels chacun peut projeter sa propre histoire. Mêlant narration et métaphore, spontanéité et réflexion, ma démarche artistique cherche à questionner plus qu'à imposer."

Cette volonté de laisser de l'espace à l'interprétation est au cœur de sa démarche. Harrÿ ne cherche pas à donner des réponses toutes faites. Au contraire, il préfère ouvrir des portes, suggérer des émotions et inviter l'auditeur à construire sa propre lecture.

Dans une époque où tout doit souvent être expliqué, cette approche apporte une forme de liberté rare.


L'art de ressentir plutôt que comprendre


L'univers de Harrÿ repose sur une philosophie simple : l'émotion avant l'explication.

Son regard se porte sur les détails oubliés, les failles humaines et les éléments que l'on préfère parfois ignorer. Là où certains voient des déchets, lui y voit une matière artistique.

"Amoureux de la vie, de ses failles et de ses détails oubliés, je revendique un art du partage, où l'émotion passe d'abord par l'écoute, le regard, et l'envie de sentir plutôt que de comprendre."

Cette vision se retrouve dans son esthétique générale. L'image de la décharge revient régulièrement dans sa manière de penser la création. Non pas comme un symbole de destruction, mais comme un lieu où les choses se transforment.

Un espace où l'ancien devient nouveau.

Où le rejeté retrouve une valeur.

Où le laid peut devenir beau.

Cette dualité constitue aujourd'hui l'un des piliers de son identité artistique.


Des influences marquées par l'écriture et la personnalité


Les inspirations de Harrÿ sont multiples et reflètent son goût pour les artistes capables de développer une véritable vision.

Parmi les noms qui l'ont marqué, on retrouve Sean, ZEP, DMA, Ziak, Al-Walid ou encore Yirji.

Des influences différentes mais qui ont un point commun : une forte personnalité artistique.

Parmi eux, Sean occupe une place particulière.

"Si je devais choisir un artiste ce serait Sean pour sa métaphore, sa polyvalence et sa force de caractère, sa manière d'être proche de lui-même."

Ce qui attire Harrÿ chez lui dépasse largement la musique. C'est avant tout une question d'authenticité.

La capacité à rester fidèle à sa propre vision.

À ne pas se dénaturer.

À construire une œuvre cohérente sans perdre son identité.

Une démarche qui résonne fortement avec la sienne.


"Crève", le morceau qui résume son univers


Lorsqu'on demande à Harrÿ quel titre représente le mieux sa discographie actuelle, sa réponse est immédiate.

Le morceau qu'il choisirait est "Crève".

Un choix qui n'est pas anodin.

Même si l'artiste reste volontairement discret sur les détails du morceau, cette sélection laisse entrevoir l'importance de ce titre dans sa construction artistique.

Dans une discographie encore jeune, "Crève" apparaît comme un point de repère, un morceau capable de concentrer les éléments qui définissent aujourd'hui son identité.

Une écriture imagée.

Une approche émotionnelle.

Et cette capacité à transformer des sentiments complexes en images accessibles à chacun.

Pour ceux qui découvrent Harrÿ, ce titre constitue sans doute la porte d'entrée la plus naturelle vers son univers.


Transformer le moche en matière artistique


Si Harrÿ reste mystérieux concernant ses prochaines sorties, il laisse tout de même entrevoir une direction claire pour l'avenir.

Son prochain chapitre artistique devrait continuer d'explorer les thèmes qui l'obsèdent déjà aujourd'hui.

"Future projet mystère mais autour du champ lexical de la décharge, du moche et du beau, avaler, digéré et vomir."

Une phrase qui résume parfaitement sa vision.

L'idée de récupération.

De transformation.

D'assimilation.

Puis de réinterprétation.

Dans son univers, rien ne disparaît vraiment. Les expériences, les émotions, les souvenirs et même les imperfections deviennent des matériaux de création.

Cette esthétique de la décharge dépasse alors le simple concept visuel pour devenir une véritable philosophie artistique.

Créer avec ce qui reste.

Faire émerger du sens là où personne ne regarde.

Trouver de la beauté dans ce qui semblait perdu.


Une identité qui refuse les raccourcis


À une époque où les artistes sont souvent définis en quelques mots-clés, Harrÿ cultive volontairement le flou, la contradiction et la nuance.

Androgyne.

Pirate.

Déchèterie.

Trois mots qui pourraient sembler incompatibles mais qui traduisent finalement la richesse de son univers.

Son projet ne cherche ni la perfection ni la conformité. Il s'intéresse davantage aux zones grises, aux émotions contradictoires et aux histoires que chacun transporte avec lui.

Après seulement deux années de musique, Harrÿ semble déjà avoir trouvé ce qui fait sa singularité : une capacité à faire dialoguer le beau et le laid, le réfléchi et le spontané, la poésie et les déchets.

Reste désormais à découvrir jusqu'où cette vision l'emmènera.

Et surtout ce qu'il choisira de faire émerger de sa prochaine décharge artistique.


Harry, construire du beau avec les restes