LMSC - 02/07/2026

Jay, l'art de transformer le quotidien en récit | INTERVIEW LMSC

À 20 ans, Jay transforme son vécu en musique. Retour sur son parcours, ses influences et le tournant artistique marqué par Monster.

Jay, raconter une histoire avant tout


À une époque où une partie du rap semble se construire autour de l’instantané, Jay suit un chemin différent. À seulement 20 ans, le rappeur parisien développe une approche où chaque morceau, chaque image et chaque projet s’inscrit dans une narration plus large. Chez lui, la musique n’est pas seulement une accumulation de titres : c’est un récit en mouvement.

Son écriture se nourrit de l’introspection, de l’observation du quotidien et d’une volonté constante de mettre des images sur les émotions. Derrière ses textes se dessine le parcours d’un jeune artiste qui cherche autant à raconter son histoire qu’à traduire celle des autres.

« Des textes forts et introspectifs, et une volonté ferme de raconter une histoire que ça soit avec les mots ou les instrus. »

Cette volonté de construire un univers cohérent est aujourd’hui au cœur de son identité artistique.


Une relation à la musique qui remonte à l’enfance


Si Jay rappe et sort des morceaux depuis trois ans, son histoire avec la musique commence bien avant cela.

Comme beaucoup d’artistes, il ne s’est pas réveillé un matin avec l’idée de devenir musicien. La musique a toujours fait partie de son quotidien, sous différentes formes. Piano, chant, rythme instinctif frappé sur une table ou sur ses jambes, beatbox improvisé : avant même de penser à écrire des textes, il développait déjà une sensibilité musicale.

« J'fais de la musique depuis 3 ans de manière sincère, mais sinon j'ai toujours fait de la musique sans penser à en faire un métier. J'ai fait du piano, du chant, j'ai toujours écouté de la musique en tapant le rythme des sons sur les cuisses ou une table. »

Cette relation presque naturelle à la musique explique en partie la manière dont il construit aujourd’hui ses morceaux. Chez Jay, le fond et la forme avancent ensemble. Les mots ont leur importance, mais le rythme, l’ambiance et les textures sonores participent tout autant à la narration.


Créer des images plutôt que simplement écrire des textes


Lorsqu’il parle de son univers artistique, Jay insiste sur un élément essentiel : l’image.

Ses morceaux cherchent moins à décrire qu’à faire ressentir. Son objectif est de représenter les différentes étapes de la vie, de l’enfance à l’âge adulte, en passant par les doutes, les évolutions et les expériences qui façonnent chacun.

« Pour mon univers je dirais très imagé, représentatif du quotidien d'un enfant-adolescent-adulte et de ce qu'il traverse. »

Cette approche se retrouve également dans sa manière de concevoir ses projets.

Là où certains artistes pensent leurs morceaux individuellement, Jay accorde une importance particulière à la cohérence d’ensemble. Le format album ou EP reste pour lui un espace privilégié de création, permettant de développer un fil rouge et d’installer une véritable continuité.

« Le fil rouge d'un album ou d'un EP me tient à cœur donc il y a une vraie continuité dans chaque projet, une histoire précise et singulière. »

Cette recherche de cohérence témoigne d’une vision artistique déjà affirmée malgré un parcours encore récent.


Entre influences américaines et rencontres décisives


Les influences de Jay dessinent un équilibre intéressant entre références internationales et rencontres plus proches de son parcours.

Côté sonorités, son regard se tourne naturellement vers les États-Unis. Kendrick Lamar, Tyler, The Creator et Kanye West occupent une place centrale dans sa construction artistique. Trois artistes qu’il considère comme des références majeures pour leur capacité à repousser les frontières du rap tout en conservant une identité forte.

Les productions de Pharrell Williams font également partie de ses inspirations, notamment pour leur créativité et leur singularité.

Mais au-delà des artistes qu’il écoute, Jay évoque surtout plusieurs déclics qui ont profondément transformé sa manière de rapper.

Le premier porte un nom bien connu d’une partie du public français : Luv Resval.

« J'ai commencé à rapper en pompant ses flows, ses procédés. »

Une étape presque naturelle dans l’apprentissage, avant de progressivement trouver sa propre voix.

La suite se construit grâce à des rencontres humaines et artistiques importantes.

« Ensuite j'ai rencontré CielBleu et Issho, c'est mes frères et j'ai vraiment compris comment rapper. Quelle place donner aux images. »

Puis vient une autre influence marquante avec Jewel Usain, qui l’aide à développer davantage son sens du placement, de l’intonation et de la rime.

Ces différentes étapes dessinent un parcours fait d’inspirations, mais surtout d’apprentissage et d’évolution constante.


"Monster", la fin d'un chapitre


Parmi tous les morceaux de sa discographie, un titre occupe une place particulière : Monster.

Plus qu’un simple morceau, Jay le considère comme un point de bascule dans son parcours artistique.

« C'est un morceau qui conclut un gros arc de mon parcours musical encore très court. »

Selon lui, ce titre marque la fin d’une période créative et le début d’une nouvelle exploration.

Après sa sortie, l’artiste remet en question une partie de ses habitudes, élargit ses horizons et commence à expérimenter des directions artistiques très différentes de celles qu’il empruntait jusque-là.

« Après ce morceau j'ai vraiment exploré des univers très très larges. J'me suis remis en question et ça a changé mon approche de la musique. »

Aujourd’hui, Monster représente presque une photographie d’une époque révolue.

« J'fais plus du tout le même genre de sons depuis, et c'est un peu le dernier morceau qui ressemble à ce que j'ai fait depuis deux ans. »

Un constat qui témoigne de sa volonté permanente d’avancer plutôt que de reproduire une formule déjà connue.


La réinvention comme moteur


Alors que le projet Monster vient tout juste de sortir, Jay regarde déjà vers la suite.

Loin de vouloir s’installer dans une zone de confort, il considère cette sortie comme un point de départ vers une nouvelle phase de sa carrière.

« Monster nous a pas mal secoué dans la vision de notre musique et de notre image. »

La prochaine étape sera donc celle de la transformation.

L’artiste souhaite revenir avec une identité encore plus forte, plus affirmée et surtout plus singulière.

« On va se réinventer, et revenir avec une image plus forte, et une vraie singularité dans notre identité musicale. »

Dans un paysage où beaucoup cherchent à suivre les tendances du moment, Jay semble plutôt vouloir construire sa propre trajectoire. Une démarche qui repose sur la remise en question, l'exigence artistique et l'envie permanente de raconter de nouvelles histoires.

Si Monster marque la fin d’un chapitre, la suite pourrait bien être le véritable début de l’univers que Jay cherche encore à construire.


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