Lepers, l'art de créer sans demander la permission
Entre rap, rock et influences multiples, Lepers, également connu sous le nom de Jeune Pers, développe depuis Rennes une musique qui refuse de se laisser enfermer dans un genre. Derrière cette liberté artistique se cache une histoire commencée dès l'enfance, nourrie par la transmission familiale, les rencontres et plus de dix années de collaboration avec son producteur Lokiboy. Avec un premier album, Para Bellum, et de nouveaux morceaux à venir, l'artiste poursuit une ambition aussi simple qu'exigeante : construire un univers qui lui ressemble, sans jamais cesser de le faire évoluer.
Une passion transmise bien avant les premiers morceaux
Pour comprendre la musique de Lepers, il faut remonter plusieurs décennies en arrière, à une époque où le rap occupait déjà une place importante dans son environnement familial. Bien avant les projets aboutis et les collaborations de longue date, il y avait un grand frère, des textes et une fascination naissante pour la puissance des mots.
À la fin des années 1990, son frère pratique déjà le rap et lui transmet progressivement cette passion pour l'écriture et les rimes. Lepers découvre alors un terrain d'expression qui ne le quittera plus. À seulement sept ou huit ans, il commence à écrire ses premiers textes, davantage motivé par l'envie d'impressionner son aîné que par une véritable ambition musicale.
"J’ai toujours été impressionné par ce qu’on pouvait faire avec les mots et le rythme. J’écrivais pour impressionner mon grand frère, sans me douter que je finirais par en faire le sujet de mon existence."
Cette transmission constitue le point de départ d'un parcours construit autour de l'écriture. Ce qui relevait initialement d'un jeu d'enfant est progressivement devenu une activité centrale dans sa vie.
Avec le recul, Lepers ne cherche pas à embellir ses débuts. Il évoque ses premières rimes avec humour, conscient que la maîtrise se construit avec le temps. Une manière de rappeler que son rapport à la musique s'est d'abord développé naturellement, bien avant la recherche d'une véritable identité artistique.
Lepers et Lokiboy, plus de dix ans pour construire un univers
Si son grand frère lui a transmis le goût des mots, c'est aux côtés de Lokiboy que Lepers a développé une grande partie de son identité musicale.
Depuis plus de dix ans, les deux artistes collaborent exclusivement. Lokiboy assure les productions, le mixage et le mastering, tandis que Lepers travaille son écriture et son interprétation. Une complémentarité qui dépasse la simple réalisation technique des morceaux et participe directement à la construction de leur univers commun.
Cette relation artistique s'inscrit dans la durée, avec une volonté partagée de faire évoluer leur musique plutôt que de reproduire continuellement les mêmes formules.
"Je cherche à développer quelque chose de singulier à travers mes productions, mes textes et l’univers que je crée. Je cherche perpétuellement à faire évoluer ce style, avec mon broski Lokiboy, qui s’occupe des productions, mix & master."
Dans cette démarche, l'évolution occupe une place essentielle. Il ne s'agit pas simplement de perfectionner une recette existante, mais de continuer à explorer les possibilités offertes par la musique.
Leur travail repose ainsi sur une recherche constante de singularité, où chaque nouvelle création peut devenir l'occasion de déplacer les frontières de leur propre univers.
Quand Eminem rencontre Kurt Cobain
Définir la musique de Lepers à travers un seul courant serait probablement passer à côté de ce qui l'anime. Son identité artistique se construit précisément dans le croisement des genres, des références et des sensibilités.
Interrogé sur sa direction artistique, le rappeur préfère d'ailleurs une image particulièrement évocatrice à une longue description technique. En reprenant une formule inspirée de Yungblud, un artiste qu'il admire, il résume son univers de manière inattendue.
"Je vais reprendre la rhétorique d’un artiste que j’admire, Yungblud, et je vais te dire : imagine si Eminem avait un enfant avec POD, et que Kurt Cobain en était le parrain."
Derrière cette comparaison se dessine une musique au carrefour de plusieurs héritages. D'un côté, l'importance du rap et de l'écriture ; de l'autre, des références issues du rock et de sensibilités musicales différentes.
Cette diversité ne relève pas uniquement d'une volonté de mélanger les styles. Elle trouve ses origines dans une enfance marquée par une écoute particulièrement ouverte.
Reggae, rock, rap, pop : Lepers a grandi au contact de nombreux univers, sans chercher à établir de hiérarchie entre eux. Une curiosité musicale qui nourrit aujourd'hui sa façon d'aborder la création.
Pourtant, lorsqu'il évoque ses inspirations les plus déterminantes, l'artiste ne cite pas uniquement des musiciens. Il accorde une importance particulière aux expériences vécues et aux personnes rencontrées.
"Je pense que mes principales influences ont été humaines avant d’être artistiques. Les rencontres que j’ai pu faire, l’environnement dans lequel j’ai évolué. Je mets un point d’honneur à retranscrire ma vie et mes expériences, tout en m’offrant la liberté de le faire comme je l’entends."
Cette distinction est importante dans sa manière de concevoir la musique. Ses références artistiques lui offrent des possibilités d'expression, mais ce sont ses propres expériences qui constituent la matière de ses textes.
Lepers ne souhaite donc pas seulement assembler des influences musicales. Il cherche à les mettre au service d'un récit personnel, avec la liberté de choisir lui-même la forme que prendra ce récit.
Para Bellum, un premier véritable manifeste artistique
Cette recherche d'identité s'est notamment concrétisée avec Para Bellum, son premier véritable album, réalisé aux côtés de Lokiboy.
Pour Lepers, ce projet représente une étape importante : celle où il a pu réunir une grande partie des éléments qui définissaient alors sa musique.
Plutôt que de choisir un seul titre pour présenter son travail, il préfère évoquer l'album dans son ensemble. Un choix révélateur de son rapport à la création, où les morceaux participent à une vision plus large et ne peuvent pas nécessairement résumer, individuellement, toute une identité artistique.
Para Bellum rassemble ainsi différentes facettes de son univers, à travers lesquelles il a tenté de retranscrire ce qui le caractérisait au moment de sa conception.
Parmi les titres déjà disponibles, Lepers mentionne notamment Oh Lord et Stray Dogz, ce dernier occupant une place particulière dans le projet par son caractère plus atypique.
Mais l'artiste refuse de considérer cet album comme une définition définitive de son travail. Le temps passe, les expériences s'accumulent et son approche musicale continue d'évoluer.
Les morceaux qui le représentaient hier ne sont pas nécessairement ceux dans lesquels il se reconnaît le plus aujourd'hui.
3h10, le prochain chapitre d'une évolution permanente
C'est justement vers ses prochaines sorties que Lepers tourne désormais son regard.
Parmi les morceaux à venir, 3h10 occupe une place importante. Ce nouveau titre, accompagné d'un clip, devrait permettre de découvrir une nouvelle expression du mélange d'influences qu'il revendique.
L'artiste y voit une représentation plus actuelle de ce qu'il cherche à développer, au-delà des créations déjà présentes dans sa discographie.
"Si c’était aujourd’hui, je dirais que les morceaux qui me correspondent le plus ne sont pas encore sortis, mais ça ne saurait tarder. Je pense notamment à « 3h10 » le prochain morceau clippé qu’on va sortir, et qui définit assez bien ce mélange d’influences."
Cette projection vers l'avenir traduit une conception mouvante de l'identité artistique. Pour Lepers, un projet ne constitue pas une finalité, mais plutôt le témoignage d'une étape dans un parcours qui continue de se transformer.
Le prochain morceau apparaît donc comme une nouvelle occasion d'explorer cette direction, sans renier ce qui a été construit auparavant.
Refuser les cases, même lorsque cela dérange
Au-delà de ses références musicales et de ses projets, Lepers défend une vision particulièrement affirmée de la liberté artistique.
Là où certains cherchent à identifier une formule et à la reproduire, lui revendique le droit de prendre des directions inattendues. Cette position n'est pas seulement esthétique : elle touche à sa manière de considérer la création elle-même.
À ses yeux, la musique doit rester un espace dans lequel il est possible d'expérimenter, d'apprendre et de dépasser les limites habituelles.
"Je hais les cases, je ne trouve pas mon compte chez les artistes qui vont là où on les attend, j’ai toujours cru que ce domaine était pour ceux qui refusent les limites."
Cette philosophie explique également son rapport à l'avenir. Lepers ne semble pas chercher à construire un parcours entièrement planifié. Il préfère conserver une forme de spontanéité et laisser ses prochaines expériences orienter ses choix.
Continuer à créer, transmettre des émotions, prendre du plaisir et s'intéresser aux autres : ses ambitions se définissent davantage par une manière de vivre la musique que par des objectifs chiffrés ou une trajectoire prédéterminée.
L'artiste pousse même cette logique jusqu'à opposer la liberté de création aux contraintes qu'imposerait un cadre professionnel trop rigide.
"Je dis souvent que si je veux avoir des contraintes et quelqu’un qui me dise quoi faire, j’ai qu’à aller chercher du travail. Donc je continuerai à aller là où je ne suis pas allé, n’en déplaise à certains."
Une déclaration qui résume sa volonté de préserver son indépendance créative, quitte à surprendre ou à ne pas répondre aux attentes.
Une histoire qui continue de s'écrire
De ses premières rimes destinées à impressionner son grand frère à plus de dix années de collaboration avec Lokiboy, Lepers a développé un rapport profondément personnel à la musique.
Son parcours n'est pas celui d'un artiste qui cherche à s'installer durablement dans une formule. Il est marqué par la curiosité, l'expérience et le besoin constant de renouveler sa manière de s'exprimer.
Avec Para Bellum comme première étape marquante et 3h10 annoncé parmi ses prochaines sorties, le rappeur rennais poursuit une direction qu'il ne cherche pas à figer.
Il ne prétend pas savoir précisément où le mènera la suite. Mais une chose ressort de son discours : tant qu'il pourra créer, il continuera d'explorer des territoires qu'il n'a pas encore empruntés.
Et c'est peut-être là que réside l'essentiel de sa démarche : faire de la musique non pas un cadre à respecter, mais un espace de liberté à préserver.
