Mazael, un artiste aux multiples facettes
Entre fantasy, science-fiction, hyperpop, trap des années 2010 et esthétique vidéoludique, Mazael ne cherche pas à entrer dans une case. Depuis Paris, l'artiste de 23 ans construit projet après projet un univers où chaque sortie devient une nouvelle "era", pensée comme un véritable chapitre narratif.
Chez lui, la musique ne se limite jamais au son. Les visuels, les références aux jeux vidéo, les personnages et même la manière de raconter une histoire occupent une place aussi importante que les textes. À côté de sa carrière d'artiste, il développe également ENDGAME, une série d'événements pensée comme un point de rencontre entre musique, Internet et culture gaming.
À travers cette interview, Mazael revient sur ses débuts improbables, sa vision artistique et les projets qui dessinent déjà la prochaine étape de son aventure.
Quand une bataille d'insultes devient le début d'une carrière
Difficile d'imaginer que tout commence dans un cours d'espagnol. Pourtant, c'est bien là que Mazael découvre son goût pour l'écriture.
À 14 ans, il passe son temps avec un ami à inventer les insultes les plus créatives possibles. Un simple jeu d'adolescents qui va rapidement prendre une tournure inattendue.
"Je crois que tout ça a commencé dans un sombre cours d'espagnol. Avec mon gars on jouait à s'insulter le plus créativement possible. On était là, on grattait des insultes de fou dans notre agenda, et quand on se les disait, c'était trop drôle. Sauf que j'ai tellement bien joué au jeu que mon pote voulait plus jouer avec moi, alors j'ai joué tout seul… et c'est devenu des textes."
Cette façon d'écrire, née presque par hasard, reste aujourd'hui au cœur de sa musique. Mazael revendique toujours cette importance accordée aux textes, aux rimes et à l'écriture, même lorsqu'elles évoluent dans un univers sonore beaucoup plus électronique.
Fantasy, science-fiction et grosses basses : une identité assumée
Décrire la musique de Mazael n'est pas forcément évident. Lui-même préfère une image plutôt qu'une définition.
"Ma musique, c'est genre la BO d'un champ de bataille avec des dragons et des robots, tu vois ? J'essaye de mélanger l'épique et le n'importe quoi. Y a toujours des influences électroniques, techno, des booms booms et des basses de zinzin, mais en même temps je suis un rappeur. Je rappe vraiment, je dis des trucs et je fais des rimes de dégénéré."
Cette dualité résume parfaitement son identité : une énergie brute héritée du rap, mélangée à des productions électroniques, hyperpop et techno qui donnent à ses morceaux une dimension presque cinématographique.
Mais ce qui distingue surtout Mazael, c'est sa manière de construire ses projets comme des univers complets.
Chaque projet est une nouvelle "era"
Chez Mazael, un EP n'est jamais simplement une suite de morceaux.
Chaque sortie devient une nouvelle période artistique avec ses propres codes visuels, son esthétique et son imaginaire.
Dark Souls inspire l'univers de Behelit. Hotline Miami nourrit l'identité de MTGA. Aujourd'hui, un nouveau chapitre est déjà en préparation.
"Je fonctionne grave par era. Chaque nouveau projet j'essaye d'amener mon personnage dans un nouvel univers. Dans tous les cas, je m'appuie de fou sur l'esthétique des jeux auxquels je joue pour créer mes eras. Je suis un mec de la chambre, t'as capté. J'ai vécu toute ma vie derrière mon PC alors c'est normal que ça se ressente dans ma musique."
Son inspiration dépasse largement le simple rap. Les productions de FromSoftware, Minecraft, Pokémon, NieR: Automata ou encore Hotline Miami alimentent constamment son imaginaire. Internet, le maximalisme des années 2000 ou encore le récent film Backrooms participent eux aussi à cette construction.
Musicalement, il revendique des influences très variées : Chief Keef, Niska, XV Barbare, Vladimir Cauchemar, Brutalismus 3000, Notinbed, Le FraKas ou encore Sarcoma.
Une mosaïque d'influences qui explique pourquoi son univers paraît si difficile à comparer.
CRYBABY, le morceau qui résume le mieux son identité
S'il ne fallait retenir qu'un seul titre de sa discographie, Mazael choisit sans hésiter CRYBABY, dernier morceau de son ère MTGA.
Pour lui, ce morceau concentre autant son niveau d'écriture que son univers visuel.
"Le fait de refuser d'être un crybaby, c'est aussi décider de choisir la détermination, t'as capté, de toujours aller de l'avant, et c'est vraiment le message principal que je veux transmettre à mes auditeurices."
Derrière ses références à la fantasy et à la science-fiction, CRYBABY parle finalement d'un sujet beaucoup plus personnel : l'adolescence, la gestion des émotions et la volonté d'avancer malgré les difficultés.
Une manière de rappeler que derrière les grosses basses, les images spectaculaires et les univers fictifs se cache toujours une expérience profondément humaine.
ENDGAME, créer la scène qui n'existait pas
L'autre facette du projet Mazael s'appelle ENDGAME.
Plus qu'une simple soirée, c'est une initiative née d'un constat : malgré une communauté grandissante, il lui manquait des lieux pour jouer sa musique.
Plutôt que d'attendre une opportunité, lui et ses proches décident de créer leur propre espace.
"J'ai donc créé ENDGAME avec mes meilleurs amis pour qu'on puisse chacun pratiquer nos compétences, genre communication, graphisme, négociation etc, et pour avoir un endroit où performer pour rassembler ma communauté."
Rapidement, l'idée dépasse son propre cas.
L'équipe souhaite offrir une scène à des artistes émergents issus des univers hyperpop, rap alternatif et musique électronique, des esthétiques encore peu représentées dans les événements français.
Pour Mazael, ENDGAME fonctionne avant tout comme une communauté.
"ENDGAME c'est une famille. Nous on est tous potes, mais le but c'est de créer un réseau avec tous les artistes pour faire une émulsion, une marche de groupe, un vrai petit mouvement culturel entre Internet, la musique et les jeux vidéos."
Imaginer des soirées qui deviennent des expériences
L'ambition d'ENDGAME ne s'arrête pas à une programmation musicale.
Le collectif imagine déjà plusieurs concepts destinés à rendre chaque édition unique.
Le premier est une mixtape physique regroupant des morceaux inédits de tous les artistes programmés, gravée manuellement sur CD.
Une démarche volontairement inspirée de la culture hip-hop.
À cela viendront bientôt s'ajouter plusieurs happenings encore tenus secrets.
"On aimerait faire de ENDGAME vraiment une soirée mythique, avec non seulement de la bonne musique, mais aussi du n'importe quoi, t'as capté."
L'objectif est clair : transformer un simple concert en véritable expérience collective.
Une nouvelle étape qui se prépare
Les prochains mois s'annoncent particulièrement chargés.
Avant tout, Mazael prépare la sortie d'un remix avec Sarcoma, artiste ukrainien qu'il considère comme l'une de ses principales inspirations.
À la rentrée arrivera ensuite un EP collaboratif de trois titres produit avec PARASIT, présenté comme la conclusion d'un cycle artistique entamé en 2025 avec Sapé en Black.
En parallèle, il développe également ses compétences sur Blender afin d'intégrer davantage d'animation 3D à ses futurs visuels.
À l'image de sa musique, chaque détail participe à raconter une histoire.
Pour Mazael, le son, l'image et l'univers ne font finalement qu'un.
