LMSC - 27/07/2026

Mob&Djo, grandir ensemble sans trahir leurs histoires | INTERVIEW LMSC

Mob&Djo racontent leur parcours commun, leur rap mélancolique et « La Maison », un projet nourri par leurs histoires et leur quotidien.

Mob&Djo, reconstruire avec ce qu’il reste


À Brest, loin des principaux centres de l’industrie musicale, Mob&Djo construisent leur musique avec ce qu’ils ont toujours eu à portée de main : leur quotidien, leurs souvenirs et une relation forgée bien avant la naissance de leur projet artistique. Amis depuis le lycée, les deux rappeurs avancent ensemble depuis sept ans, développant progressivement un univers mélancolique dans lequel les expériences les plus ordinaires deviennent une matière à raconter.

Depuis quatre ans, le duo brestois ne se contente plus d’enregistrer des morceaux. Il façonne une identité complète, aussi bien musicale que visuelle, en refusant de précipiter les choses ou de multiplier les rencontres par intérêt. Autour d’eux, le cercle reste volontairement restreint, composé avant tout de proches et de personnes en qui ils ont confiance.

« On s’est rencontrés au lycée et on n’a pas lâché depuis. On a construit au fur et à mesure notre projet de manière assez naturelle, en prenant soin de ne s’entourer que de personnes de confiance, qui sont avant tout des proches, pour avancer et évoluer. »

Cette fidélité est au centre de leur démarche. Elle permet au duo de protéger la sincérité de son projet, mais aussi de continuer à évoluer sans se détacher de ce qui l’a vu naître.


Faire du quotidien une matière artistique


L’univers de Mob&Djo repose sur une mélancolie directe, sans volonté de dramatiser artificiellement les choses. Leur musique se situe à la rencontre de plusieurs sensibilités, entre la dimension collective et générationnelle de Columbine, les atmosphères d’Ino Casablanca et l’écriture introspective de Wallace Cleaver.

Mais derrière ces références, le duo cherche surtout à rester fidèle à sa propre réalité. Il ne s’agit pas de construire un personnage ou de créer une vie plus spectaculaire que la leur. Les deux artistes puisent au contraire dans un quotidien parfois répétitif, imparfait ou critiquable, qu’ils transforment en récits capables de dépasser leur expérience personnelle.

« Ce qui nous intéresse surtout, c’est de garder une vraie sincérité dans ce qu’on raconte et d’être au plus proche de nous-mêmes. On s’inspire beaucoup de notre quotidien, qu’il soit ennuyant ou critiquable. »

Cette approche donne à leur musique une proximité particulière. Mob&Djo ne cherchent pas nécessairement à apporter des réponses, mais plutôt à mettre des mots sur des sensations, des relations ou des périodes de vie que beaucoup traversent sans parvenir à les formuler.

Visuellement, leur direction artistique prolonge cette volonté de simplicité. Le duo privilégie des images minimalistes et presque brutes, capables de laisser respirer leur propos. Ce dépouillement vient volontairement contraster avec des productions qui peuvent, elles, se montrer plus lourdes, intenses ou chargées.

La tension entre ces deux dimensions participe à leur identité : une apparence sobre pour une musique traversée par des émotions plus complexes.


Des influences qui grandissent avec eux


Comme de nombreux artistes de leur génération, Mob&Djo ont été marqués par les morceaux qui accompagnaient leurs années de collège et de lycée. Orelsan, Columbine, PNL ou encore Disiz ont participé à construire leur première relation avec un rap mélancolique devenu largement populaire au cours des années 2010.

Ces influences de départ ne sont pourtant pas restées figées. Au fil du temps, les goûts du duo ont changé, en même temps que leur manière d’écrire et de concevoir la musique. Aujourd’hui, ils citent notamment Sean, Dajak, Samy ou Al-Walid parmi les artistes qu’ils écoutent, tout en précisant que les musiciens présents dans leurs playlists ne sont pas forcément ceux qui influencent directement leurs propres morceaux.

Leur matière première reste ailleurs : dans leurs expériences, leur enfance, leurs relations et leur regard sur le temps qui passe.

« Au-delà de la musique, notre principale influence reste notre quotidien : nos expériences, nos relations, notre enfance, notre manière de voir les choses évoluer avec le temps. On écrit beaucoup à partir de ce qu’on vit, de ce qu’on a vécu ou de ce qu’on observe autour de nous. Nos histoires suffisent pour nous raconter. »

Cette dernière phrase résume une grande partie de leur démarche. Mob&Djo n’ont pas besoin d’aller chercher des récits éloignés de leur réalité pour construire leur univers. Leur histoire commune, leurs trajectoires individuelles et ce qui les entoure leur fournissent déjà suffisamment de matière.


« Automne », le morceau d’un premier accomplissement


Parmi les titres de leur discographie, Mob&Djo retiennent particulièrement « Automne ». Le morceau représente une étape essentielle dans leur parcours : la première fois où tous les deux ont réellement ressenti de la fierté face au résultat obtenu.

Le titre contient déjà plusieurs éléments devenus centraux dans leur musique. Il décrit un quotidien qui n’est pas nécessairement positif, sans pour autant l’enfermer dans une vision uniquement sombre. En abordant le changement, le temps qui passe et ce que l’on abandonne en avançant, « Automne » touche à un sentiment universel.

« C’est le premier morceau dont on a été réellement fiers, et qui représente assez bien ce qu’on cherche à faire : dépeindre un quotidien pas forcément positif et le rendre fédérateur. »

Cette volonté de rendre le personnel collectif est au cœur de leur écriture. Derrière les souvenirs ou les émotions propres aux deux artistes, le morceau laisse suffisamment d’espace pour que chacun puisse y projeter ses propres expériences.

« Automne » parle de ce que l’on laisse derrière soi, mais aussi de l’énergie nécessaire pour continuer. Une forme de nostalgie qui n’empêche pas d’avancer, portée par ce que le duo décrit comme une véritable envie de progresser.

« C’est aussi un titre qui parle d’un sentiment assez universel, celui du changement, du temps qui passe et des choses qu’on laisse derrière soi, tout en regardant devant avec la hargne de progresser. »

« La Maison », entre héritage et reconstruction


Avec « La Maison », sorti récemment, Mob&Djo présentent un projet qui reflète précisément leur identité actuelle. Le duo y aborde des problématiques personnelles, parfois lourdes, mais refuse de les traiter uniquement dans la noirceur.

Les morceaux cherchent au contraire à transformer ces sujets en quelque chose de plus lumineux, notamment grâce à des sonorités plus dansantes. Ce contraste évite au projet de rester prisonnier de ses thèmes et traduit une idée qui traverse toute l’œuvre : il est possible de partir de ce qui pèse pour construire autre chose.

« La Maison » parle ainsi de ce dont on hérite sans l’avoir choisi. Une histoire familiale, des blessures, des habitudes ou des réalités qui s’imposent avant même que l’on puisse décider de ce que l’on veut en faire. Mais le projet s’intéresse tout autant à la reconstruction et à la manière dont chacun peut réorganiser ce qui lui reste.

« Le projet tourne beaucoup autour de ce qu’on hérite sans forcément l’avoir choisi, et de ce qu’on décide de reconstruire avec ce qu’il reste. »

À travers cette réflexion, le titre du projet prend une dimension plus large. La maison peut être un lieu, une origine, une mémoire ou une structure intérieure. Elle représente à la fois ce qui a été transmis et ce qui peut encore être transformé.


Créer depuis Brest sans perdre sa spontanéité


Pour la suite, Mob&Djo veulent continuer à affiner leur direction artistique et développer leur image, tout en revenant avec des morceaux plus aboutis. Le duo souhaite également trouver davantage de scènes, une ambition rendue plus difficile par leur situation géographique.

Brest reste éloignée des principales villes où se concentrent les événements, les rencontres professionnelles et une grande partie des opportunités liées au rap émergent. Cette distance oblige les deux artistes à construire différemment, mais renforce aussi l’identité indépendante de leur parcours.

Le principal défi sera peut-être de trouver un équilibre entre l’exigence qu’ils placent dans leur projet et la spontanéité qu’ils aimeraient retrouver. Après avoir essayé de moins réfléchir à la promotion et aux visuels, Mob&Djo reconnaissent avec humour avoir finalement passé beaucoup de temps à se questionner sur chaque détail.

« Cette année, on a essayé de moins se prendre la tête à propos de tout ce qui est promotion et visuels, mais au final on s’est surtout pris la tête sur tout et n’importe quoi. Donc on va continuer d’essayer de lâcher prise pour donner le meilleur de nous-mêmes le plus spontanément possible. »

Cette volonté ne traduit pas un désintérêt pour leur image, mais plutôt le besoin de remettre la musique au centre. Dans un environnement où un artiste indépendant doit souvent penser simultanément à ses morceaux, à sa communication, à ses visuels et à la manière de capter l’attention, Mob&Djo cherchent à ne pas perdre trop d’énergie dans la vente de leur projet.

« On veut juste faire de la bonne musique sans pour autant perdre du temps à cogiter sur comment la vendre. »

Une phrase simple, qui résume leur priorité. Continuer à avancer ensemble, transformer leur quotidien en musique et progresser sans sacrifier la sincérité qui accompagne le duo depuis ses débuts.


Mob&Djo, grandir ensemble sans trahir leurs histoires