LMSC - 17/07/2026

Mora, faire de la douleur une force créative | INTERVIEW LMSC

Dans cette interview LMSC, Mora revient sur LES ENFANTS PLEURENT, un album intime où il transforme les blessures de son enfance en une véritable force cré...

Mora, transformer les blessures d'enfance en un cri universel


Il y a des projets qui racontent une carrière. D'autres qui racontent une vie. Avec LES ENFANTS PLEURENT, Mora appartient clairement à la seconde catégorie. Derrière ce titre se cache un album profondément personnel, où chaque morceau semble porter le poids d'une enfance marquée par la violence, l'incompréhension et la recherche d'un sens.

Originaire de Lille, Mora ne cherche pas à séduire avec un discours calibré. Il préfère livrer une vision brute, parfois dérangeante, mais toujours sincère. Entre mélancolie, colère et quête de paix, il construit une identité qui refuse les compromis.

"Ma DA c'est la paix, la tristesse, l'incompréhension du monde social, la haine de l'État et des merdes humaines."

Cette phrase résume à elle seule la direction artistique d'un artiste qui fait de ses émotions une matière première.


Une musique née dans les cicatrices


Cela fait maintenant six ans que Mora compose de la musique, même s'il considère avoir véritablement lancé sa carrière il y a trois ans. Depuis, il construit un univers où les émotions prennent toujours le dessus sur les apparences.

Loin des tendances éphémères, il revendique une musique profondément mélancolique, nourrie par ce qu'il a vécu autant que par ce qu'il observe autour de lui.

"Rappeur lillois, nul de sa génération mais le plus chaud de France sans aucun doute... rap triste, ouin ouin, le monde va mal."

Une présentation volontairement provocatrice qui traduit aussi une certaine autodérision. Derrière cette formule se cache pourtant une personnalité lucide sur le monde qui l'entoure, et qui préfère raconter les blessures plutôt que les masquer.


Des influences qui traversent plusieurs générations


L'univers de Mora s'inscrit dans une lignée d'artistes qui ont toujours fait passer l'émotion avant le spectacle. Parmi ses influences, on retrouve aussi bien Stromae que Damso, Hamza, Kaaris, Khali ou encore La Fève.

Des références différentes mais complémentaires, qui expliquent cette capacité à alterner entre introspection, noirceur, puissance et sens de la mélodie.

Ces inspirations nourrissent une identité déjà bien marquée, où les textes occupent une place centrale.


LES ENFANTS PLEURENT, un projet pour comprendre son passé


Plus qu'un album, LES ENFANTS PLEURENT ressemble à une tentative de mettre des mots sur des souvenirs impossibles à oublier.

Le quotidien de Mora enfant était rythmé par une réalité que beaucoup préfèrent ignorer : rentrer de l'école et découvrir sa mère en pleurs après avoir subi des violences.

Treize morceaux composent ce projet, traversé par la colère, la tristesse mais aussi par quelques instants de lumière. Car malgré tout, Mora affirme n'avoir jamais perdu sa capacité à ressentir.

L'album raconte son histoire, mais refuse de s'y limiter.

Il s'adresse aussi à tous les enfants confrontés à la violence, qu'elle se déroule derrière les murs d'une maison ou au cœur d'un pays en guerre. La Palestine, la République démocratique du Congo et tous les peuples victimes de conflits trouvent ainsi une place dans la réflexion portée par le projet.

Au fil des morceaux, Mora ne cherche pas la vengeance.

Il tente avant tout de comprendre.

Comprendre pourquoi certaines blessures restent ouvertes, pourquoi les addictions ont pris autant de place dans sa vie, pourquoi son cœur semble parfois si lourd.

Cette démarche donne une dimension universelle à un album pourtant très intime.


Des rencontres artistiques construites naturellement

Pour donner vie au projet, Mora s'est entouré de ses beatmakers Meysi et Skeyo.

Le travail s'est construit dans une atmosphère de création intense, où les sessions en studio ont permis de façonner l'identité sonore de l'album.

Les collaborations avec Sto, Empty7, Jima et Gu1t4r se sont, elles, développées entièrement à distance.

Pour autant, la connexion artistique s'est imposée naturellement.

"On s'est enfermé au stud avec mes beatmakers Meysi et Skeyo, et pour les feats c'est que du virtuel mais on s'entendait grave bien donc obligé de feat. Bêtes d'humains, même mentalité... bref on s'aime. Tahia l'amour."

Cette proximité humaine se ressent tout au long du projet, où chaque invité semble prolonger naturellement l'univers de Mora plutôt que de simplement apparaître comme un featuring.

La cover elle-même accompagne cette volonté de raconter une histoire. Tout, dans LES ENFANTS PLEURENT, participe à la même narration.


"Louche", le morceau qui résume le projet


S'il ne devait retenir qu'un seul titre de son dernier album, Mora choisit sans hésiter Louche.

"Louche c'est un banger, en plus il raconte une belle histoire."

Un choix qui reflète parfaitement sa manière d'aborder la musique : proposer des morceaux capables de marquer par leur énergie autant que par leur narration.


Une ambition sans limite


Mora ne cache pas ses objectifs.

Ils sont immenses.

"Devenir le meilleur rappeur du monde et upload sans jamais m'arrêter tant que j'ai pas ceper."

Cette ambition peut sembler démesurée, mais elle traduit surtout une détermination sans faille. Continuer à créer, continuer à progresser et ne jamais ralentir.

À travers LES ENFANTS PLEURENT, Mora signe un projet profondément humain. Un disque qui transforme un passé douloureux en œuvre artistique et qui rappelle qu'au-delà des statistiques, des tendances ou des algorithmes, la musique reste parfois le meilleur moyen de raconter ce que les mots du quotidien n'arrivent pas à exprimer.


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