Sano Manjiro, de son premier texte à un univers bien défini
Il y a parfois des parcours qui commencent sans longue préparation, presque dans l’urgence de créer. Pour Sano Manjiro, tout démarre au début de l’année 2023, avec un premier texte écrit à une date qu’il garde précisément en mémoire : le 18 janvier. Pas de période d’attente ni de morceaux conservés pendant des mois dans un téléphone. Une fois les premiers mots posés, la suite est immédiate : direction le studio pour enregistrer.
"J’ai commencé la musique en 2023, j’ai écrit mon tout premier texte le 18 janvier 2023 pour être plus précis et suis directement allé au studio pour enregistrer ça !"
Cette entrée rapide dans la musique donne déjà une indication sur sa manière de créer. Chez lui, l’écriture semble pensée pour prendre forme, devenir un morceau et sortir du simple cadre du texte. Depuis ce premier passage en studio, il développe surtout un univers qui cherche à s’éloigner de ce qu’il entend autour de lui, en construisant une esthétique volontairement sombre.
Faire du sombre une véritable direction artistique
La musique de Sano Manjiro repose sur une imagerie précise. Sa direction artistique s’alimente d’ambiances qu’il décrit lui-même comme sombres et mortuaires, auxquelles viennent s’ajouter des phases particulièrement visuelles. Plus qu’une simple ambiance sonore, il cherche donc à installer des images dans l’esprit de celui qui écoute.
"Ma direction artistique est alimentée par une inspiration sombre et mortuaire avec des phases hyper imagées, personnellement je n’ai pas vu ça dans le rap d’aujourd’hui donc ça me plaît."
C’est justement cette sensation de ne pas retrouver complètement cette approche dans le rap actuel qui semble nourrir son envie d’aller dans cette direction. Là où certaines influences peuvent pousser un artiste à reproduire des codes existants, Sano Manjiro paraît davantage attiré par l’idée de trouver une place qui lui ressemble.
L’univers mortuaire qu’il évoque n’est alors pas présenté comme un simple élément esthétique posé autour de la musique. Il s’inscrit directement dans l’écriture, dans la manière de formuler ses phases et dans la volonté de produire quelque chose de très imagé. Cette recherche donne à son identité artistique un cadre clair, même après seulement quelques années de pratique
.
Luv Resval, la fantasy et des personnages consumés par la colère
Parmi les artistes qui ont compté dans sa construction, un nom apparaît immédiatement : Luv Resval. Une influence qui dépasse visiblement la seule musique puisque Sano Manjiro se reconnaît également dans son rapport à la fantasy.
Cette passion commune lui permet de trouver un terrain dans lequel références imaginaires, personnages et émotions peuvent venir enrichir l’écriture.
"Ma toute première influence est Luv Resval car on a une passion commune pour la fantaisie et beaucoup de références à des personnages plongeant dans une colère immense tel Anakin."
La référence à Anakin résume bien une partie de ce qui semble l’intéresser dans ces univers : des personnages traversés par des émotions extrêmes, capables de basculer dans une colère profonde. Un imaginaire qui s’accorde naturellement avec la dimension sombre et mortuaire qu’il revendique dans sa propre musique.
Chez Sano Manjiro, la fantasy devient donc une source dans laquelle puiser des images et des émotions. Elle permet d’étendre le rap au-delà du quotidien immédiat et d’installer une forme de narration plus visuelle. Les références ne servent pas uniquement à être reconnues par l’auditeur : elles participent à la construction de l’atmosphère générale.
Cette influence de Luv Resval prend ainsi un sens particulier. Elle ne repose pas seulement sur un rapprochement musical mais sur une sensibilité commune pour des mondes, des personnages et une manière d’utiliser la fiction comme matière artistique.
“Irumi”, le morceau qui rassemble le mieux ses intentions
Quand il doit retenir un morceau parmi ceux qu’il a déjà sortis, son choix se porte sans hésitation sur “Irumi”. Un titre qu’il considère aujourd’hui comme son meilleur morceau, notamment parce qu’il y retrouve plusieurs éléments auxquels il accorde de l’importance.
L’écriture d’abord, avec les rimes. La production ensuite. Puis le mix, marqué par une saturation qu’il apprécie particulièrement. Le résultat semble correspondre à ce qu’il attend de sa propre musique, autant dans la forme que dans l’énergie.
"Selon moi mon meilleur son sorti est Irumi, j’adore les rimes, la prod, le mix bien saturé, rien à dire sur ce morceau."
Cette façon de parler du titre est révélatrice. “Irumi” ne ressort pas uniquement grâce à un texte ou à une production : c’est l’ensemble qui convainc l’artiste. Les rimes, l’instrumentale et le traitement sonore fonctionnent ici comme différentes parties d’une même identité.
La saturation du mix participe particulièrement à cette sensation. Dans un univers déjà nourri d’images sombres et mortuaires, le son lui-même devient un moyen de renforcer l’atmosphère. La texture compte autant que les mots.
Le morceau apparaît ainsi comme une forme de point de repère dans sa discographie actuelle. Une manière, aussi, de comprendre ce que Sano Manjiro recherche lorsqu’il écoute son propre travail : une cohérence entre écriture, production et traitement sonore.
Des collaborations déjà visées pour la suite
Après des débuts en 2023 et une identité qui commence à se dessiner, la suite devrait notamment passer par des collaborations. L’artiste explique avoir déjà plusieurs featurings en préparation, avec des personnes qu’il souhaitait inviter depuis un moment.
Pour l’instant, aucun nom ne sortira.
"Plein de feat que je visais depuis un moment mais ça va rester secret !"
Une annonce volontairement discrète, mais qui laisse entrevoir la prochaine étape. Ces collaborations pourraient permettre à Sano Manjiro de confronter son univers à d’autres identités artistiques tout en poursuivant le développement de cette esthétique sombre qu’il revendique depuis ses débuts.
En un peu plus de trois ans, le chemin parcouru part donc d’un geste très simple : écrire un premier texte puis aller immédiatement l’enregistrer. Depuis, une ligne directrice s’est affirmée autour d’une musique sombre, d’images mortuaires, de fantasy et de personnages traversés par des émotions extrêmes.
Avec “Irumi” comme morceau de référence personnel et plusieurs collaborations encore gardées secrètes, Sano Manjiro semble surtout vouloir continuer à construire son propre langage. Un univers encore récent, mais déjà pensé autour d’une idée précise : créer quelque chose qu’il ne retrouve pas ailleurs.
